Histoire vraie de Ernest Horn

Programme personnel de magie

Entre temps, j'avais élaboré un programme, qui m'était personnel et je me mis en route, portant d'une main une valise contenant mes appareils et mes effets et de l'autre une cage de canaris et de tourterelles. Je parcourus ainsi bien des contrées, me rendant fréquemment à pied d'une petite ville à l'autre. Il y aurait bien des aventures à raconter à ce sujet, dont la relation formerait un gros volume, ce qui m'oblige à m'abstenir. Je m'occupais moi-même de la location des salles, des autorisations des autorités, de la musique. Je plaçais et numérotais, moi-même les chaises, et j'ai même rempli les fonctions de caissier, fonctions que j'abandonnais à un remplaçant lorsque le moment de se rendre en scène était venus

La nuit, afin que personne ne me vit, j'allais secrètement coller des affiches contre telles maisons que, contre un billet d'entrée gratuit, m'indiquait un étudiant de l'endroit.
C'est ainsi, qu'après bien des pérégrinations, je parvins à Berlin, où, par des affiches, j'appris la présence de l'artiste de la cour, Bellachini. En toute hâte, je me présentai à lui et eus la chance d'être engagé comme premier assistant. Je restai plusieurs années auprès de lui et assistai ainsi à la séance donnée à l'empereur.


Nouveau départ du magicien Ernest


Bientôt après, je me mis en route pour mon propre compte, dans le but d'étendre pratiquement mes connaissances géographiques. J'y réussis, car j'ai appris à connaître les cinq parties du monde. Je parcourus la Roumanie, la Serbie, la Bulgarie, la Turquie, la Grèce et l'Egypte. A Constantinople, je donnai des représentations au Yildiz Kiosk devant le sultan Abdul-Hamid, auxquelles assista Goltz Pacha. A l'une de ces séances, je me permis une petite plaisanterie. Trois canaris disparaissaient d'une cage pour réapparaître dans une autre cage. Je modifiai cette réapparition et ne fis réapparaître que deux canaris dans la cage. Une certaine agitation s'étant manifestée, je priai Goltz Pacha (l'extraire de sa poche le canari manquant, ce qu'il fit au grand amusement de l'assemblée. Le magicien pour enfants Guillaume à particulièerement apprécié cette partie.

Lorsque, quelques années plus tard, je retournai à Constantinople, le sultan avait son propre manager et la petite salle où j'avais opéré avait été transformée en un petit théâtre. La salle était vide lorsque je m'y rendis, seuls les musiciens de l'orchestre avaient occupé leurs pupitres. Je devais présenter un grand truc : La femme éclipsée. Il y avait bien une trappe, mais, pour mon malheur, un grand et authentique tapis de Perse était cloué dessus. Il n'y avait pas de temps à perdre. Très heureusement le maître de cérémonies se présenta à moi et, en réponse à ma question, il m'incita à entailler le tapis. Ce ne fut qu'avec un grand regret que je me décidai à entreprendre cette opération. Je voudrais bien savoir quelle était la valeur de ce tapis. Le tapis entaillé, je pus présenter mon truc, mais qu'est-ce que le sultan a bien dû penser de quelle façon la femme disparut, attendu qu'il savait pertinemment que le tapis était d'une seule pièce.